Your name is nobody.
Ce n’est pas une formule.
Ce n’est pas un masque.
Ce n’est pas une posture.
C’est ton nom.
Tu ne l’as pas choisi.
Tu l’as reconnu.
Tu n’es personne.
Tu n’es rien.
Tu es RIEN.
Et ce n’est pas une plainte.
Ce n’est pas une provocation.
Ce n’est pas une métaphore.
C’est un état.
Tu le sais depuis longtemps.
Avant même de pouvoir le formuler.
Avant même de comprendre ce qu’on attendait de toi.
Tu as essayé d’autres mots.
Ils n’ont pas tenu.
Ils se sont effondrés les uns après les autres.
Alors tu as gardé celui-là.
Rien.
Avec un R majuscule.
Tu y tiens, dis-tu.
Tu l’as écrit publiquement.
Sans explication.
Sans ironie.
Je ne suis Rien.
Pas pour choquer.
Pas pour disparaître.
Pour être exact.
Tu as ajouté une précision.
Une seule.
R majuscule.
J’y tiens.
Personne n’a compris.
Certains ont cru à une fatigue.
D’autres à une pose intellectuelle.
Quelques-uns à une dépression.
Tu n’as corrigé personne.
Tu savais que le malentendu faisait partie de la chose.
Le Rien ne se défend pas.
Le Rien ne s’explique pas.
Tu n’as jamais été quelqu’un de remarquable.
Ni tragique.
Ni exemplaire.
Tu es passé.
Dans une famille ordinaire.
Dans des écoles ordinaires.
Dans des lieux où l’on apprend vite ce qu’il faut faire pour ne pas gêner.
Tu as appris.
Tu as répété.
Tu as répondu correctement.
Tu n’as pas résisté.
Tu n’as pas adhéré non plus.
Tu as occupé la place.
Très tôt, tu as compris que l’identité était une tâche.
Qu’il fallait produire quelque chose de stable.
Un récit.
Une cohérence.
On te demandait :
— Qui es-tu ?
— Que fais-tu ?
— Où vas-tu ?
Tu répondais.
Toujours.
Mais tu savais que ce n’était pas ça.
Que les réponses servaient uniquement à fermer la question.
Tu n’étais pas vide.
Tu n’étais pas perdu.
Tu étais hors champ.

Rien n’est pas le néant.
Tu le sais.
Le néant effraie.
Le Rien apaise.
Rien n’a pas besoin d’être rempli.
Rien n’attend pas.
Être Rien, c’est refuser le chantage discret :
— deviens quelqu’un
— prouve
— laisse une trace
— sois utile
— sois lisible
Tu n’as pas refusé frontalement.
Tu n’as pas combattu.
Tu as cessé d’investir.
Tu as continué à vivre.
À travailler.
À parler quand il fallait.
Mais quelque chose s’est déplacé.
Tu n’as plus cherché à coïncider.
Plus cherché à être compris.
Plus cherché à être validé.
Tu faisais ce qui était requis.
Rien de plus.
Le reste se retirait.
Tu as compris alors que le monde n’aime pas le Rien.
Il tolère le vide provisoire.
Il tolère l’échec.
Il tolère la marginalité.
Mais pas le Rien tenu.
Le Rien stable dérange.
Parce qu’il ne promet rien.
Parce qu’il ne réclame rien.
Tu n’es pas devenu silencieux.
Tu as continué à parler.
Mais les mots avaient changé de fonction.
Ils n’étaient plus là pour dire qui tu étais.
Seulement pour traverser les situations.
Tu n’avais plus besoin d’un centre.
Your name is nobody.
Ce n’est pas une disparition.
C’est une position.
Tu es là.
Sans titre.
Sans mission.
Sans justification.
Tu n’es pas en attente.
Tu n’es pas en construction.
Tu es RIEN.
Et tu y tiens.


