Épisode 3 : Dda Hmad & Lalla Ijja
Hadj Ahmed travaille aussi à la mine de phosphate.
Comme ton père.
Mais il a l’air plus haut placé.
Ou plus sûr de sa place.
Il gagne plus.
Ça se voit.
Ça se sait.
Personne ne le dit.
Lui et Lalla Ijja viennent de la montagne berbère, dans le sud.
Ils portent cela sans l’expliquer.
Dans la posture.
Dans la manière de parler peu.
Ils n’ont pas d’enfants.
Pas parce qu’ils n’en veulent pas.
Ils en veulent.
Ils les désirent ardemment.
Ils sont amoureux.
Simplement.
Lalla Ijja est une très belle femme.
Tu le comprends avant de pouvoir le penser.
Elle met toujours du khôl sur les yeux.
Du Swak sur les lèvres.
Un parfum Revdor — (Rêve d’or).
Il vient de Paris.
Exprès pour elle.
Chaque occasion est bonne pour porter ses bijoux amazighs.
Ils brillent.
Ils pèsent.
Ils disent quelque chose que tu ne comprends pas encore.

Elle se tient droite.
Elle sait qu’on la regarde.
Elle ne s’en cache pas.
Ils ont une mobylette.
Hadj Ahmed conduit.
Lalla Ijja monte derrière lui.
Sur la selle arrière.
Toi, il te place devant.
Debout sur le cadre.
Tes mains sur le guidon.
Tu te tiens droit.
Fier.
Tu regardes devant.
Ils vont dans les champs.
Sans but.
Pour sortir.
Le moteur fait un bruit régulier.
Le vent passe.
Tu es là.
Entre les deux.
Sur la mobylette,
Tu n’es pas porté.
Tu es posé.
Tu ne choisis pas la direction.
Mais tu tiens le guidon.
Hadj Ahmed conduit.
Lalla Ijja te protège du regard.
Personne ne parle.
Ils ne disent pas que tu es leur enfant.
Ils agissent comme si c’était déjà le cas.
Tu es là.
Ça suffit.


